L’Agglomérat des Rêveurs est un espace dédié aux arts contemporains.


HL Cellier

Poésie - Article - Vidéo

Adr


« Passionnée d’art, ce petit brin de femme multifonction fait passer l’art et les amis avant elle, comme une mission. Philosophe, elle aime faire et défaire les concepts de l’homme et de l’imaginaire. Et lorsqu’elle s’aventure dans l’impro, c’est avec aisance qu’elle jongle avec les mots que l’auditoire lui confie. Poétesse, peintre, webmaster, animatrice de scène ouvertes... que dire de plus d’HL, si ce n’est qu’elle est la déesse d’un monde cosmique où se mêlent les artistes lyriques ... » WonderJenn.


Après avoir été critique littéraire pour le magasine Barricade, elle est aujourd’hui l’auteur de trois romans et travaille actuellement à peaufiner un recueil de poèmes.



Vidéo

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Poésie


Poèmes présents sur le site :

Spoken Word Paris
La Commune 140e
Rebut
Aubade en Balade


Spoken Word Paris


Rat ravi, ravivant le rade,
dévalant la tirade, radi-
-eu du lieu, en lien, le lun-
di, lubi du dire, délire !
Riant d’un lubrifiant des gens
sans faux semblant défient la faux, en
se baladant bancalement dans
la vie, vivement le vif dia-
logue, dédié à l’analo-
-gue : la langue languissante luit...


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La Commune 140e


Amis, voisins
compagnons des chemins
laissez moi m’incliner,
avant de vous raconter,
si belle épopée.

Relevez vos chapeaux,
Révérez morts et héros
têtes hautes.

Camarade constatez,
contexte d’actualités,
contestez Communards ;
pour cette cent quarantième édition,
la Commune est proclamée !

Manifestons,
nos différences et nos fiertés :
Amitiés, Indépendances, Equités !

Rénovons nos acquis,
nous le devons à leurs cris.

N’oubliez pas,
l’aisance de la mort
amoureusement donnée.

Paris,
1871,
la veille,
la nuit,
Louise Michelle
fait son Tien An Men
et la garde garde ses canons :

Fraternellement égal frisson .. .

Prémisse, précédant au séisme ;
Baudelaire est teinté de thé
au jasmin prenant les armes
que Rimbaud va vendre !

L’armée versaillaise
charge la barricade,
bombe à Pétrole !

On brûle pour que rien ne danse,
Aussi continue-t-on sous le plomb !

Anicroches les gavroches
se succèdent sans trêve
le rêve se relève

Anecdote
à l’hôtel de ville,
la salle du trône
revient
à la compagnie des Lascars
devenus
compagnons l’étoiles.

Les visages du village :
un instant donné
en un instantané.

Au temps, d’un Hugo
qui peint un tableau
où il ne se bat pas,
misère mais pas misérables !

Victor Victoire pour nous
anonyme et éponymede la Butte aux Cailles
à la colline de Belleville

un empire d’éphémère, une souffle d’air, une inspiration ;
avant dispersion

Incendies et ravages..
mettre en flammes l’édifice
plutôt que
rendre en cendres
l’espoir :
la séparation de l’église, la mosquée, la synagogue
et l'État

Unicité & union
puisque nous vivons
ensemble
des débats, des ébats à bâtir
parlons
une langue pour nous comprendre
nous mettre en joie
de tous pays :
bienvenue à toi !

Fou de faim,
reddition,
vie pour rien ;
ou bien,
escapade
d’une Estrade
installée
à coups
de poings
de pieds
chassons
les charognards
de nos Machines de Guerre
Avec elle
l’idéal
au bout de la parole !

Fin ou début des lumières
enfants ou mercenaires
exécutions sommaires
l’alibi et la répression,
la guerre et la régression
que le vingt-et-unième siècle en soit lassé :

Liberté !

L’avenir pour oriflamme flambe !
Les généraux sont partis au début de la fin.

De quel côté se constituent
menaces et violences
du parti qui prend l’ascendance
et inversement
quand les pavés virent aux rouges
où implose une société,
explosent des corps
chaires de cerises et noyaux d’os !

En rime ou en prose,
en cris ou en sons;
la liste des enragés engagés s’allongent :
élitistes et royalistes
les forbans, les bagnards ;
les passants, les trainards ;
aux prisons surpeuplées
aux fossés, aux charniers !

Les poètes écrivent avec leur sang,
disait Neruda : il n'y a pas qu'eux ;
sels et sueurs
aliment les semaines sanglantes
ricochent sur les proches :
le même ciel pour porche !

Liberté !


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Rebut


Repu ’emplette
déçu de ce qui plaît,
te souviens-tu de ce squelette ?

Main tendue,
l’os rompu,
il suvécut chenu,
entretenu par la tribu.

C’est un fragile fossé
entre gaîté et fossile
sans plus un cil à acquitter
il quitte ses derniers deniers.

Droit de dîme !
Ding dong,
donnes donc.
Je trime pour ceux qui prient
le roi, les nobles,
l’obole et l’impôt.

Souffle la houle sur la foule,
florilège du folklore,
à trop cheviller
le corps au décor,
on ne respect plus que l’or !

A trop charger le fugitif,
on pose le cours des couleurs.
En fustigeant le frustre,
on place la douleur à demeure
comme va un futile flutiau..
ah, il est aiguisé le biseau.

Postiche,
tu t’entiches
à remuer l’art triste.
Sous prétexte de t’amuser
à museler ceux qui musardent
pour mieux ficher les affligés
en cachant à la cité
ses passants usés aux pavés...

Le rouage remplace le fouet
retour de roue d’un ancien jouet
aussi vieux que le rouet
l’arrêt anti-mendicité

Car quand l’imper pare l’averse
l’inverse fait le prix du toit
ne sers-tu donc que toi ?


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Aubade en Balade


La rive de la rime
Dérive et délire
L’ire ou le rift,
La lyre ivre de cris
Esquive la rixe
Esquisse de délice
Hymnes à la vie
Aux rires
Parti pris
De partir
A la reverdi du dire

Atteler à lier
Les bouquets
De bagages
Gage de voyage
Unique adage
Alerter l’équipe
Equipée pour l’épique
Boucler l’atelier
Alertes badinages
Boucan de boucaniers
Et route de juillet

Depuis longtemps
Ce continent
Me tente
Instantanément
Contente
Instant d’instamment
Insatiable
Le sol
Décolle
Le vol
Devient stable
Bascule la boussole
Les crêtes s’effacent
Crépuscule tenace
Quatre heures
Aprés le jour
Le soleil
Effleure
Ma joue
Dors, mon amour
Que le sommeil
Te soit doux

Maintenant
Mon séant
Au-dessus
De l’océan
Passe séance
Tenant
Sustentée de suçon
A susurrer la saison
Suspendue à la pente
Enchantée de la vue
Hardi descente
Qui l’eut cru
Sente des cieux
A tout prendre
Comprendre
Le blanc et bleu

Aède égarée
A l’aérogare
Le hasard
Prend gare
A garder
Le fard
Fatiguée du départ
A errer sur le boulevard
Manhattan en marathon
Foule hagarde et fade
Bousculante façade
D’escalier en escalade
Et d’escale en escargot
Sacré crédo
Deux mois en sac à dos

Le Nouveau Méxique
M’excite
Cavalcades de carnavals
En méditant
Ce méridien
Amérindien
Paysages et visages
Pavillon du sillage
Au sillon de l’unisson
Village des chants et chansons
Nous habitons
Sous les auspices
De l’hospitalité
Gorgées d’échanges
A en changer

Va tout
Et Vaudou
Attablée en Louisiane
Attachée à Louison
J’ai chopé
La fleur de lisse
A fleur de peau
Ma pelisse glisse
C’est mardi-gras
De mi-été
La tête à l’ouragan
Hourra à la tempête
Vive la fête
Palpite le vent

Mais affairée, effarée
Franchement affamée
De Français
Regagner
Mon allant
En traversant
Ton phrasé
Québec
Tu m’as appelée
Tu me clous le bec
A me délasser
Lors d’une balade
Protégée
Aubade
A cachet
Cahuttes achalandées

Fraichement débarquée
Je suis bête et bécasse
De te croire en ma besace
J’ai dû retourner ma carcasse
Rentrer à Montparnasse
A peine le temps
De t’entrevoir
Isthme d’un soir
Mouvement de l’émoi
Mon histoire
Se chamboule
A tes pas
Canada me voilà

J’ai versé ma verve
Au versant
De ta contrée
Conté
La Francophonie
En file d’harmonie
L’union, la passion,
Avec le monde pour maison
Je ne sais plus où mettre le paillasson

Repartons compagnons.


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Article


David Barnes, Ainsi parle le monde

Adr

Chaque lundi, David Barnes et Alberto Rigettini présentent tour à tour leur scéne anglophone : le Spoken Word.

HL : Qu’entends-tu par Spoken World ?

David Barnes : Une scène ouverte plutôt pour la poésie, c’est aussi une phrase connue en anglais. La seule limite est que chacun à cinq minutes maximum. J’ai commencé par créer un espace, avec un public comprenant l’anglais et c’est resté plutôt comme ça. Il y a une minorité de francophone, une minorité d’italianophone et beaucoup de passages.

H. Comment découvre-t-on ce rendez-vous ?

D. C’est plutôt par le bouche à oreille ou en googlant Spoken Word Paris. Un atelier d’écriture à Shakespeare Company [librairie, ndlr], chaque samedi, nourrit également le Spoken Word. Il y a un réseau dans le monde, nous ne sommes pas la seule soirée de poésie en anglais. Il y a plusieurs choses bilingues. Et donc souvent les gens me contactent pour me dire : « oh, il y a quelqu’un qui arrive à Paris qui est un grand poète, est-ce qu’il peut faire quelque chose ».

H. Pourquoi cette ville ?

D. J’ai fait beaucoup d’auto-stop et j’avais envie de vivre dans une grande ville quelques mois. J’ai trouvé qu’ici beaucoup de gens aiment la poésie et la littérature, des choses comme ĉa, c’est plus respecté qu’en Angleterre. Je suis un anglais qui habite en France depuis 2003.Le Spoken Word existe depuis 2006. Je deviens biculturel.

H. Comment t’es venu l’idée de créer cette scène ?

D. Quand je suis arrivé, j’ai commencé à lire mes trucs dans quelques bars. Il y avait des soirées de Slam franĉais et il y avait des soirées anglophones, mais plutôt pour les musiciens. J’ai commencé à faire de plus en plus de poésie dans ce genre d’endroit. Et comme finalement personne n’organisait ce que je voulais alors je l’ai créé pour pouvoir y aller.

H. Qu’est-ce qu’une bonne soirée Spoken Word ?

D. Qu’il y ait du monde, une bonne ambiance, des poèmes de bons niveaux techniques, passionnés, bien performeurs, qui encouragent la sincérité, qui me font penser, sentir quelque chose. Et dans une bonne soirée, j’ai vue, effectivement, j’ai gouté la vie intérieur de plusieurs gens, plus de vingt et bien sûr, j’aime bien un peu d’« humeur » et aussi rigoler, avoir des chansons. L’idée c’est faire une combinaison de poésie, musique, film, et un peu autres choses. La dernière fois, il y avait le boxing burlesque avec six poètes.

H. Tu abordes le lieu - actuellement un bar nommé chat noir - n’est-ce pas se revendiquer du Cabaret quand en plus tu portes un chapeau haut de forme ?

D. Oui, Cabaret. J’aime bien ce côté. En Angleterre, il y avait une tradition de poésie performance avant que les gens au Etats-Unis créaient le mot Slam et la forme des trois minutes, du concours. J’étais plutôt influencé par les punks poètes britanniques. Et là-bas, chez eux, il avait toujours un côté vraiment performance. (rire) Il y a une tradition théâtrale aussi du cirque. Actuellement, on fait la première partie pendant une heure, après on va dans le bar. Puis, on fait la deuxième partie et on retourne au bar. Il y a un côté vraiment communauté, c’est une grande famille, il y a beaucoup d’amis.

H. Pour toi, comment s’articule texte et performence ?

D. Les deux sont égales. Performer comme une pièce de théâtre. Ce serait dommage qu’un poète ne sache pas comment lire. C’est aussi lié à la poésie Beatnik. J’ai rencontré des gens plus vieux qui disent que ce qu’on fait actuellement c’est beaucoup comme dans les années cinquante, soixante. Mes références sont très Gainsbourg, Kerouac, des gens comme ça. Des gens du monde anglophone comme Joyce.

H. Et pour ceux que les kilomètres éloignent ?

D. J’ai eu l’idée d’un objet, un bel objet qui intègre quelques textes de poètes, pour diffuser un peu, présenter ce qu’on fait, fêter la scène qu’on a. On a trois niveaux de livres. Le chatbook, c’est un livre qui a un peu la taille d’un chapitre, mais ce qu’on fait, c’est des poèmes, on continue. On a « issu zéro » [revue] qui est un peu plus grand, et on a « Strangers in paris » [en rupture de stock dès sa sortie] qui est un roman par sa taille. C’est une anthologie avec de grands écrivains anglophones, et une autre génération venant du Spoken Word. Moi, je trouve très important d’avoir un publique et je voulais un publique plus grand que les lundi soir à paris.

H. Apparemment tu as réussi, puisqu’il existe des soirées à Brooklyn, Manhattan, au japon ?

D. Et aussi à Istanbul. J’ai pas de nouvel du japon. Istanbul ça marche bien, Brooklyn aussi. J’ai aussi quelqu’un qui veut créer en Norvège. Les gens reprennent la soirée avec le même esprit, disent-ils. C’est une communauté de soutien aux gens qui font quelque chose, qui veulent faire quelque chose.

HL Cellier


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David Goudreault, L’Oralité à son poète

Adr

L’homme semble calme, rieur, puis au détour d’une phrase, l’intensité du dire pour seul motif, ses pupilles se dilatent, il prend toute son ampleur de poète. Encore méconnu du grand public, David est portant Champion du Monde de Slam, performeur jusque dans la chanson, ayant quitté pour un temps son Québec natal, il vient inviter à la parole.

HL : David, comment te présentes-tu ?

David Goudreault : Je me présente comme un humain intéressé par la parole. La tienne, la mienne parfois mais voilà c’est tout. J’ai l’impression que j’ai besoin de me garder des portes ouvertes. J’aime pas non plus quand on me donne une étiquette, la plupart du temps, je me présente comme poàte de l’oralité. J’ai l’occasion parfois d’avoir une tribune pour partager ce que je crois, ce que je pense, ce que je ressens et c’est un tràs grand privilège que j’essaie de rendre en finalement mettant sur pied des activités.

H. Comment parler de ce que tu fais ?

D. Il faut nommer les choses, c’est une poésie de l’oralité et parfois une poésie écrite autant que faire ce peu. En ce moment j’ai travaillé pour l’écrit, en vers libre et les figures de style qui sont si cher à l’oralité, l’essai. Est-ce que c’est du rock and roll, du rap, de la chanson ? Si ça me plaît et que le texte est au rendez-vous peu importe. J’irais avec ce qui représente le mieux ce que je ressens ou ce que j’ai envie d’exprimer. Je dirais qu’il y a une confusion qui ne me dérange pas trop mais qui pourrait déranger certaines personnes qui ont besoin de codifier et parfois même protéger les termes. Avec l’étiquette poète de l’oralité, c’est suffisant pour traiter cette confusion, me ramener à l’essentiel qui est la parole, la prise de parole et le passage de la parole.

H. Accepterais-tu d’aborder ta démarche?

D. Je sais que mes poèmes ne changeront pas le monde, mais ils vont changer le mien et puis déjà moi de pouvoir m’exprimer ça m’aide et de pouvoir aider des gens à le faire, ben ça donne sens à ma vie, alors déjà si je suis mieux dans ma peau et puis que ma vie a du sens grâce à la parole, grâce à la poésie que ça inspire un enfant par année ben ça vaudra la peine que je le fasse encore pendant des dizaines d’années. Donc oui, comme engagement de pouvoir prendre parole, de donner l’exemple qu’il faut prendre parole, de créer des endroits où on peut prendre parole, c’est en soi, je trouve un travail, ou un combat, noble.

H. Comment l’aventure a-t-elle commencé pour toi ?

D. Le slam en tant que tel, en 2008, suite à une invitation. En même temps, il y a plusieurs années d’écriture en arrière, autant de poésie que de rap, de nouvelles littéraires. Je suis venu à l’écriture très jeune, ça a été vraiment une résilience pour moi, j’étais dans des relations très dysfonctionnelle au niveau familiale. Et à travers l’écriture d’histoires où je faisais mourir beaucoup de jeunes, j’arrivais à exprimer un certain mal être et une certaine détresse que je vivais enfant. Dès l’adolescence, ça s’est transformé en rap et avec le temps, tranquillement un peu plus de la poésie écrite.

H. Que penses-tu de la coupe du monde de slam ? Toi son vainqueur l’an passé, comment te perçois-tu dans ce sport ?

D. Cette année, on va être très bien représenté ! Il y a Guy Perrot qui fait quelque chose de très intéressant. Le Québec pourrait pour une deuxième année avoir la coupe du monde. J’étais heureux de participer à cette compétition, de rencontrer des poètes internationaux, de tisser des liens avec les poètes, les slameurs français. On est déjà en 2012 et comme le disais si bien Frédéric Dard : « on ne peut jamais demeurer numéro un, mais on aura toujours été premier ». Au niveau slam, c’est plutôt dans l’animation des scènes et dans des ateliers de création où j’explique ce qu’il en est. Présentement je ne fais pas de compétition. En revanche, je fais encore des spectacles solos, des projets musicaux. Eventuellement la compétition me rappellera à elle, je le sens. C’est une maîtresse qui ne nous laisse pas nous éloigner trop longtemps [rires].

H. Le mot slam rimant souvent avec égo, qu’en dis-tu du haut de ton titre de champion de monde ?

D. C’est important de souligner dans l’article qu’on a eu à s’engueuler avec un homme qui croyait que voilà on essayait de mettre des titres et plus dans le béton [à peine la question posée]. Les soirées slam, c’est surtout écouter, chacun a le droit au chapitre et c’est le besoin d’aucun diplôme et il n’y a aucun frais à payer, aucun sexe à avoir, aucune religion, origine, peu importe... Oui, prendre parole, mais pour mieux la rendre ! Un des grands malheurs de l’humanité c’est que nous sommes égocentriques. La tâche de l’humain je crois en gagnant en maturité est de passer de l’individu à la collectivité. Dans mon quotidien, je suis travailleur social et je vois le désagrégement du tissu social, je vois dans l’individualisme et l’égocentrisme tous les malheurs que ça fait vivre à bien des gens... Je prends autant plaisir à écrire, à performer qu’à écouter les autres, c’est là que l’échange ce fait. Les gens seuls peuvent être heureux, les gens isolés sont tristes et l’égocentrisme par définition isole. Dans les faits, je profite déjà beaucoup de cette victoire-là donc je sens pas que j’ai besoin d’en rajouter pour aller chercher un gain de plus.

H. Des projets ?

D. Sur trois ans, des cabarets à Sherbrooke, la ville où je suis installé, Pour essayer de mélanger le plus possible les styles, donc d’augmenter la confusion, on va inviter des slameurs, des poètes, des romanciers. Il va y avoir vraiment des conteurs donc on essaye que les gens se mélangent le plus possible. J’essaie de me promener dans tous ce qui est autour de la parole. Et aussi, là je vais avoir deux publications. L’une aux écrits des forges une en juin qui s’appelle à l’Endroit de nos visages, en collaboration avec Yolande, et une à l’automne, un recueil qui s’appelle Premier Soin.

H. Qu’est-ce qui t’inspire ?

D. L’inspiration vient assez naturellement. J’arrive à m’étonner encore beaucoup. Une croyance profonde qui s’est dessiné avec les années dans le fond moi je crois que ce qui est au cœur de l’expérience humaine, c’est toute la relation aux autres. Je crois que l’humain est un animal social qui se définit dans le contexte de ces semblables et qu’au final ce n’est que les relations qui donnent sens à nos vies et tous ce qui la comporte d’imperfection, de difficultés et de miracle.

H. Qu’est l’écriture pour toi, comment t’y prends-tu ?

D. C’est un plaisir encore aujourd’hui et souvent c’est quelque chose qui se présente un peu à l’improviste et que j’essaie de plus en plus d’accueillir. Je me suis muni d’un dictaphone mais, malgré tout, j’ai toujours un crayon avec moi, j’ai souvent des bouts de papiers dans mes poches avec pleins d’idées, plein de verres, un peu lancé, écrit dans n’importe quelle circonstance. Puis, je me réserve un moment souvent privilégié avec moi-même et la feuille blanche. Là, je ramasse tous ces bouts de papiers là, je transcris le dictaphone, et j’essaie de mettre le tout ensemble pour créer quelque chose de cohérant. Peut-être à l’image de notre met traditionnelle québécois qui est la poutine, je trouve que tout ça bien mélangé ensemble ça le fait !

HL Cellier


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Piéton, Dresseur de MoTs

Adr

Opérant à l’ère antique, l’aède diffuse récits et nouvelles. Puis, dans le cortège de la Cour, on trouve le troubadour. Vous avez surement entendu vos contemporains, semeurs d’airs littéraires ou d’anecdotes, ils mêlent parfois musiques et notes. Plus à dessein, de nos jours, l’attentat poétique consiste en une parodie discrète ou non, dans un lieu publique, réciter à l’impromptu une création personnelle, ou la comparer à d’autres lors de rencontres... Dans l’écrit, Piéton allie spectacles et ateliers.

HL : Pour ceux qui n’ont pas encore eu la chance de te rencontrer, pourrais-tu te présenter ?

Piéton : Piéton prend son pied lorsqu’il conte les pieds, quiconque compte les pieds doit lui offrir du papier, même s’il n’est pas rentier, son style lui reste entier. Je suis l’homme de passage : Piéton, l’ancien enfant pas sage, y a qu’un problème, j’ai pas grandi, depuis dix-sept ans, j’ai quinze ans, donc je vous laisse deviner le bordel. Ou sinon, j’ai plusieurs cordes à mon arc, je suis poète, enfin poète : dresseur de mot, manchard, emmerdeur, objecteur de conscience, blagueur et père noël à l’occasion.

H. Cette expression, dresseur de mot, quel sens lui donnes-tu ?

P. Dresseur de mot : vendeur de mot ; car il faut quand même manger en même temps. Aussi et surtout, il y a certain poète, enfin poète, certaine personne affiliée à la catégorie de poète qui me dérange et je n’ai pas à être dans la même généalogie qu’eux. Je n’ai pas envie d’être nommé de la même façon qu’un certain dénommé Arthur Rimbaud : vendeur d’armes et vendeur d’esclaves. J’ai du mal à m’apparenter avec cet acabit. Comme on dit souvent : Arthur Rimbaud, même les vendeurs d’armes et les médias rendent beau l’art moche. Aprés, certains me considèrent comme poète, tant pis pour moi. Et aussi, dans le slam [concours de poésie ndlr], on dit toujours poè,te suivant et certains ne sont pas poètes donc pour ne pas m’affilier à des gens qui ne sont pas poètes alors qu’on les appelle comme tel, j’ai préféré prendre une appellation plus réel par rapport à ce qui se passe. En plus, je n’écris pas que de la poésie, j’écris aussi des conneries.

H. Quand et comment as-tu commencé le slam ?

P. En 2008, le mois je ne sais exactement. J’ai commencé à réécrire des poàmes, à vendre des poèmes dans la rue. Le premier juin, je suis arrivé à Lyon. Le trente, on m’a dit : moi j’ai pas de sous à te donner pour ton poàme, mais je peux te donner un conseil. Là-bas, il y a une scène slam. Tu dis un poème, on t’offre un verre. Ni une ni deux, j’y suis allé et puis j’ai découvert qu’il y en avait partout en France ; alors là naquis le Piéton troubadour, voyageur de ville en ville qui va de gare en gare, mais ne s’égare jamais (rire). Elle est nulle celle-là, mais je l’aime bien.

H. La poésie, comment l’as-tu rencontrée ?

P. Avec un papier et un crayon, déjà, c’est assez important. Après, c’est tout simple, j’étais à l’école pendant un court de mathématique ; j’écrivais mes premiers textes de rap.

H. Crois-tu que le rap influence encore tes écrits ?

P. Oui, quoi je fasse, le hip-hop influe puisque je suis tombé dedans quand j’étais petit. Heureusement que le rap influence encore ma faĉon d’écrire, de penser. Même si aujourd’hui je ressemble à un babos, je n’oublie pas l’origine de b-boy et je me sens plus proche d’un b-boy que d’un baba-cool.

H. Quels groupes illustreraient pour toi le mot rap ?

P. Tous les anciens : Assassins, NTM et compagnie. Même si aujourd’hui, NTM a cinquante euros, ça me ferait chier. Après, on a oublié que ce sont les parias qui écoutent du hip-hop ; à chacun sa définition du rap. Mais dans ce qui se fait aujourd’hui, j’aime le Klub Des Loosers : Fuzatie, La Caution, La Rumeur et bien d’autres ; mais soit ceux qui sont réellement dans la mouvance revendicative ou ceux qu'on considère comme les rappeurs alternatifs, parce qu’ils partent dans des amusements ; alors que je les vois bien plus proches du hip-hop que ceux qu’on nous vend aujourd’hui à la radio. Autre chose que : je fais voir ma grosse chaine en or, je me dis descendant d’esclave et je veux porter des chaînes. Je cite un ami, mais il ne m’en voudra pas.

H. L’une des particularités de ta plume est dans l’abondance de jeux de mots, un petit exemple ?

P. Un petit bout qui n’est pas encore placé, c’est dans Doliprane 2, car il y a déjà le 1 et tandis qu’elle allait rendre gorge, entre deux bouche à bouche : elle s’incline ! , tonne-t-il. Au début, il a ri. Puis se faisant de la bile, la relève, et se quittent sur un air d’harmonica. Puis, au bout de six gares, il rejoint sa baraque au Bahamas. Une maison blanche, le top résidentiel que lui a vendu Nicolas. Nicolas est tsar. Causes, il panique. Mais, c’est Sylla et Scarlat qui brunissent à l’ombre. C’est le petit couplet présidentiel. Et par la suite il sera bien plus long, j’espàre.

H. Si l’humour est une de tes caractéristiques, acceptes-tu également de discuter technique ?

P. Un jour un ami m’a dit : tu n’as pas fait d’alexandrin tu n’es pas poète ?. Dans ce cas-là, si il faut faire des alexandrins, j’en écris un en dix minutes, ça y est, je suis poète. Mais la forme ne peut pas supplanter le fond. Le fond avant tout où l’écriture touche le fond.

H. Tu te produis beaucoup, quels sont tes textes du moment ?

P. J’ai un extrait du [personnage] punk à chien qui s’appelle simplement Renaud Futur : « Je fais partie des murs de Paris. Les chauffeurs de métro me saluent, pourtant mes vêtements sont salis. Certains me fuient comme le palud, d’autre s’imagine que je n’ai pas lu, que ma culture ne pèse pas lourd. Je n’en ai pas l’air mais je suis poli, de ma parlotte je tire mes pourliches ! Enfin, je devrais dire mes pourboires. Même si beaucoup partent en fumé, je me réjouis de ma pauvre gloire et de mes réveils embrumés. Je n’ai rien gagné sauf aujourd’hui. J’attends demain mon prochain lot. Je sais, c’est un travail ardu, mais mon goulot, ma peine m’appelle, m’attire, m’attise m’enlace. Mais laissez-moi me délasser, la solitude pour seule comparse. Laissez-moi, mourir à petit feu dans mes abus d’eau de vie. Laissez-moi, faire ma petite vie dans mes abus d’eau de feu. Laissez-moi dans mon élément, gisant à terre les pieds dans l’eau. Une odeur de bédo dans l’air. Sur une galère les voiles en feu. Sur un bateau sans capitaine, car j’ai mis la barre bien trop haute. Sur un catamaran sans rire, sur un CD de rap sans pleur. Oui, j’ai la haine car c’est l’histoire d’une société qui chute d’une évolution de cinquante ans ! Au fur et à mesure de la crise le brave prolo se rép&eagrave;te sans cesse : cinq six pastis, tout va bien ! Cinq six pastis, tout va bien ! Cinq six pastis, tout va bien ! C’est l’abruti sage. »
Et ça continue, il y a un début et une fin, car sans début ni fin, ça sert à rien un texte.

H. Que dirais-tu de profiter du format papier qui t’est plutôt rare pour un acrostiche ?

P. Une petite paras qu’est bien de moi, voilà : Sérial Glandeur (les premières lettres de chaque ligne écrivent Sérial Glandeur). S’il peut rester à ne rien faire. Evidement qu’il le fera. Rageur en sont les hommes d’affaires, il ne signera pas de contrat. Avec un poil dans la main, la vie est bien moins compliqué. Grognant souvent de bon matin, le glandeur est un homme docile. Attention, il n’est pas faignant ! Ne rien faire est une preuve de courage. Dans les actes, il aime le néant et trop de gens le dévisagent. Utiles sont les sérials glandeurs, reconnaissez donc leur grandeur

H. Un mot pour la faim ?

P. Fin

HL Cellier


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Wonderjenn, Universellement Jenn

Adr

Dans l’univers prochain de la Coupe du monde de poésie, Jennifer marque par sa polyvalence. Le personnage ne tient pas en place, quadrilingue, elle allie gestion des volontaires, communication et intenses activités poétiques.

HL : Toi qui présente le Slam à femme, comment te présentes-tu ?

WonderJenn : Jennifer, Jenny, WonderJenn... Ça dépend des jours, [rires] de mes humeurs, de mes hormones ! Être une femme pour moi, ce peut être prendre une autre bière, fumer une clope et me gratter le derrière ! [rires] Non, je suis bien féminine et quelque part asexuée. Dans mon rapport à autrui je suis une personne sans origine bien que multiples ! Un être quoi ! WonderJenn est un petit volcan connecté à la terre, une personnalité en mouvance !

H. Quel est le concept de ta scène ?

W. Mettre la femme en avant, clamer son amour ou son contraire. C’est autant ouvert aux hommes qu’aux femmes mais cent pour cent des textes doivent tourner autour d’elle(s). Aujourd’hui, c’est une réalité, si tu n’es pas un garçon tu es dévalorisée. Il faut oser le dire, mettre en avant ses qualités, la nature sauvage de la femme, son essence même : celle qui court avec les loups et qui arrive à avoir dix mille casquettes en une journée tout en gardant les épaules pour avancer !

H. Qu’est pour toi le slam ?

W. Narrer une histoire, poser sa voix, donner un rythme... Le slam apprend à chacun à construire, à investir son moi. C’est aussi un mouvement international qui grandit. De Buenos Aires à Bamako, il évolue. Comme à l’adolescence le slam se confronte car il est ouvert à tout le monde et au monde. Ce mouvement permet de s’exprimer, de rendre la poésie accessible à tous, c’est un élan, populaire et en même temps communautaire, ça me parle beaucoup.

H. Pourquoi met-on les poètes-ses en compétition ?

W. Le slam est un chelem [tournois] dans un mouvement de libre échange, de réflexion, de thématique en confettis. Notre personne est un moyen de faire passer une idée, une histoire, ou un ressenti. Ensuite, il y a quelques principes : des textes bruts modelés par la voix ou le corps. Le challenge en poésie est d’arriver à créer un environnement, une ambiance en trois minutes. Voilà, c’est une façon d’attirer l’intérêt d’une salle : chacun va participer ! Le public aussi à son mot à dire.

H. Bientôt la coupe du monde ?

W. Du 4 au 10 juin, près de vingt poètes de nationalités différentes vont participer et représenter leur pays. Un métissage haut en couleur, de la Hollande à Mayotte en passant le Portugal, les states [Etats-Unis]... Les deux premiers jours du festival c’est le Grand Slam Interscolaire et de jeunes écoliers, collégiens et lycéens participeront. Ce sera dans le XXeme entre le théâtre de Ménilmontant, la Maroquinerie, le Carré Baudouin...

H. Pour les poètes qui souhaitent s’inscrire ?

W. Les scénes de sélections sont partout en France [www.fffdsp.com] ! Parfois, elles se terminent avec le Slam de la Dernière Chance une semaine avant le festival. Les poètes désignés par le publics participeront en équipe avant de tenter leur chance en individuel Sont prévus également d’autres événements satellitaires, au programme Slam des Cancres, de Haïku. Il va y avoir une scène Slam à Femme version WonderJenn aussi, donc ça va être intéressant et marrant...

H. Peut-on en savoir un peu plus sur tes multiples autres vies ?

W. Je suis responsable dans une ONG de Protection de l’Enfance. Faire une pause artistique d’environ dix ans m’a permis de subventionner pas mal d’actions ! Mais l’écriture a toujours été présente dans ma vie et dans mon travail, par exemple, c’est un excellent exutoire pour des gamins qui ont subi de nombreuses violences, c’est une des voies de la guérison. Quand on écrit des poèmes, des nouvelles, son inconscient s’exprime et c’est important de cultiver ça !

H. Tu parles beaucoup des autres, un mot sur tes propres activités ?

W. J’aime voyager, près de 34 pays visités et ce n’est que le début, j’espère ! J’aime materner ma grande puce, j’écris, un peu de peinture, de photo. Pour les poèmes, faut que ce soit du one shoot, un peu comme une photographie, j’ai envie de figer un instant, une minute dans le temps et c’est un peu ce que je fais avec mes textes, très vivant. Je dialogue avec son âme !

HL Cellier


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Ypnova, Le Plasticien des MoTs

Adr

La coupe du monde vient de s’achever, chacun est exténué. C’est dans cette ambiance de fin de festival qu’Ypnova a choisi de mener son premier Slam Burger hors des scènes du Sud. Le bonhomme en impose, avec son œil incliné, il a des allures de Don Corleone avec en plus son accent Marseillais, mais un cœur et une sensibilité que peu de gens peuvent égaler.

HL : Comment te présentes-tu ?

Ypnova : En général, j’aborde pas trop les gens genre : « Voilà, c’est Hipno ou quoi machin ». Je ne cherche pas à me définir, je cherche à évoluer au fur et à mesure de ce qui se passe. Ĉa m’arrive tu vois de prendre contact avec des gens, mais c’est très rare. En général c’est parce que le contact a été fait par d’autres personne que je rentre dans le groupe ou que quelqu’un vient nous rejoindre.. Je prends le plaisir quand il est là, je pense que le plaisir, la joie, voilà c’est des instants, c’est des moments et faut pas les louper.

H. Qu’est-ce que le slam pour toi ?

Y. Un concours aléatoire de textes issus de toutes sortes de genres, toute sorte de poésie orale : on chante, on crie, on improvise, mais on s’écoute, hein. Après, l’utilité du slam... Le slam n’est pas de la poésie, c’est juste un concours. C’est-à-dire un truc où l’on est voté, noté par des jurés qui nous disent eux ce qu’ils pensent de nos textes dans une échelle de zéro à dix avec un chiffre derrière la virgule. C’est assez utile parce que justement, ça permet de dire ce qu’on ressent et de savoir ce que les gens en pense, après on en fait ce que l’on en veut. C’est-à-dire : est-ce qu’on va prendre en compte l’avis des gens pour écrire nos textes ou est-ce qu’on veut réveiller les conscience ou imposer ce qu’on est soit même...

H. Comment l’aventure poétique a-t-elle commencé pour toi ?

Y. Je faisais partie d’une association, le R.A.M.A [Rassemblement Artistique Musical à Aubagne]. J’y étais en tant que plasticien, mais à côté je faisais aussi des textes, des festivals, des décors et tout ça... alors j’ai rencontré Joe Corbeau. Un jour, c’était le soir justement après un festival et il commence à dire des textes dans l’ambiance de fin de soirée. A l’écouter, j’ai eu l’envie de dire ce que j’avais écrit... J’avais quelques textes que j’apprenais par cœur pour quand les potes faisaient du bit box ou quoi, je puisse y rentrer. Mais, bon, sans vraiment trop écrire, c’était de temps en temps, c’était juste comme ça.

H. Et le Slam Burger ?

Y. On était dans une réunion de l’association Rama et il y a Politi qui envoie le nom « slam burger » en rigolant, et moi j’ai fait : « j’achète ! OK, on fait des slams, on fait des burgers, on va faire une expo bande dessinée, des décos, on fait ça ! » Ça a très bien marché, il y avait du monde ; mais bon, à l’époque je ne savais pas que le slam était un concours, je ne connaissais pas du tout. Voilà, par la suite, j’ai fait un autre slam burger à la distillerie à Aubagne, l’année dernière, et j’avais invité des équipes de plusieurs villes à venir, à participer et voilà, c’est là que j’ai commencé à faire des trophées avec la forme du burger et j’ai trouvé ça délirant, partir dans un d´lire, faire une scène ou je fais les décos, ou je fais la gouffe, et je fais des trucs, tout ça ! [rire] Le paradoxe entre la poésie et les hamburgeur, voilà c’est marrant. J’aime bien faire les burgers, c’est vraiment un personnage assez rigolo.

H. Quel est la différence entre un slam burger et un slam ?

Y. Il y a dix jurés, chaque juré donne un point et l’équipe accumule les points. Il y en a qu’on quatre, il y en a qu’on six, c’est plus on a de point ! Normalement, il y a trois cessions et les poètes de l’équipe peuvent faire des collectifs ou des individuels, les points sont pour l’équipe et à la fin la team gagne les trois burgers. Après, je pense que sur le slam burger il faudrait travailler la qualité des burgers... Des burger avec des sauces particulières, et quoi tout ça, fabriquer par des restaurateurs, et des burger qu’on a jamais mangé et tout.

H. Est-ce parce qu’en poésie il n’y a plus de saveur à ajouter, le plat est-il parfait ?

Y. Ah non, c’est pas parfait. Les scènes de poésie sont souvent très lourdes même et ça arrive que voilà, les gens disent des trucs ou n’importe quoi, et voilà, les textes peuvent être moyens. Voilà, ça dépends qui vient en fait, c’est ça le truc parce qu’on sait jamais...

H. Pourquoi cet exceptionnel slam burger à l’occasion du grand slam ?

Y. Si à chaque scène slam, tu as chaque fois les mêmes slameurs et chaque fois les mêmes textes, ça s’étouffe ! Il faut que ça se diversifie. Dans le slam, j’essaie d’évoluer au fur et à mesure, voir un peu de partout comment ça se passe, parce que si je restais sur Aubagne ou sur marseille, je me réduirais... Il y en a tellement de poètes à entendre, il y a tellement de truc à faire, même pour améliorer ses poèmes !

H. Toi aussi tu as des textes récurrents ?

Y. C’est vrai que je tourne pas mal sur les mêmes textes tout ça... Tu sais que j’en ai écri un que j’ai pas encore appris, mais en même temps, les textes, je ne pense pas les avoir assez sublimés, les textes que j’ai écrit, et que je fais souvent, je pense que je peux les amélioré, et en fait, c’est ça le truc... est-ce que c’est plus l’écriture qui m’intéresse ou c’est plus la performance...

H. Crois-tu que la poésie rends la vie plus jolie ?

Y. T’in t’as des questions ! Je sais pas... La poésie est là depuis l’arrivée du monde... du coup la vie de temps en temps elle est jolie, de temps en temps elle est moins jolie. Moi ce que la poésie m’a apporté, le texte tout ça, avec le slam et tout ça... Ça m’a apporté un meilleur contact à la limite. Ouais, ça va, c’est cool, on est bien entre poète tout ça, mais bon, la vie elle est ce qu’elle est, elle change pas parce qu’on est poète... si il y en avait pas elle serait moins jolie peut-être, donc oui effectivement...

H. Ton texte L’art est mort, tu le penses vraiment ?

Y. Le texte L’art est mort, il est fait pour mettre en garde surtout. Ce n’est pas un texte posé sur le présent, sur l’exactitude des faits, c’est un texte qui met en garde : on va dire maintenant que l’art, il est mort, qu’est-ce qui va se passer ? Voilà, c’est surtout ça. Après, c’est vrai que les gens se le prennent souvent dans la gueule et tout... mais effectivement, le milieu culturel est pris pour cible j’ai l’impression... De plus en plus, on ferme. C’est de plus en plus en plus difficile d’arriver à faire quatre sous avec l’art ou quoique ce soit. Bon, est-ce que c&rsquoest ça l’important, je crois pas !

H. Vis-tu de ton art ?

Y. Oui ! Je vis de mon art puisque je fais que ça ! Si je gagne pas d’argent avec ce que je fais, je gagne pas d’argent, quand j’en gagne, j’en gagne [rire]. Ça, effectivement, je fais que ça, je fais pas autre chose.

H. Ou te trouver dans le sud ?

Y. Sur Marseille j’anime des scènes qui sont tous les deuxièmes vendredi du mois à la Tiété cuba, au court Julien, sinon j’anime des scènes sur Montaubant aussi. Le prochain slam burger, ça sera sur Aubagne, sa ville d’origine, pour l'instant j'’ai pas la date.

HL Cellier


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L’Autri-Chienne ou l’Autre : francilienne & chilienne

Adr

Daniela Molina Castro a ouvert une brèche on ne peut plus personnelle, si il n’était le besoin d'une société de revenir à son passé, tendre vers un avenir appaisé.

L’Autri-Chienne est-elle un pamphlet, une pièce comique, de tradition cabaret, frémissante d’animalité, de registre musical et de haute culture ou le cri franc, désespéré d’une reine rejetée au confluant de courants continentaux... Elle possède tous ces traits à la fois, rien de moins en tous cas. Après un accueil triomphal au Chili, elle nous revient en France et le public ne semble se rendre compte de son importance.

Cette pièce est une merveille car elle tisse des liens paraissant surréels, alors qu’ils ne peuvent qu’être, quand la foule détourne le regard, là où se mêle construction humaine, rengaine d’abject, d’histoire, d’humour et de grâce, quand l’emprise sociétale forme une brisure que l’expressivité des arts foule et balaye, ainsi s’avance l'autrichienne. Les tableaux qu’elle traverse ajoutent à la finesse du costume. L’évocation des voies de migration vaut pour vaccination contre la convention de rejet affectant ses sujets. L’amplitude de la voix laissant place à une pantomime passant en poésie, saisissant de musique, elle n’a de satirique que le recul qu’elle offre. D’histoire de france au coffre-fort de l’être, de l’apparence, d’un questionnement intérieur devenu inquisiteur, la reine immigrante mêle culture chilienne et française, la difficulté des transhumances humaines et la douceur de l’amour contre la douleur des jours. Elle aborde la figure de Marie-Antoinette qui ne trouva jamais place. Cette bataille est jouée mais l’actuelle nous enlace.

Daniela Molina Castro est connue en son pays. D’une carrière de comèdienne parfaite, elle a préféré se confronter au nécessaire et son pari fait mouche. La magie tient en l’alchimie avec Pierre-François Blanchard, compositeur et conjoint devenant acteur l’espace d’un soir. Cette création entièrement originale, n’aurait vu le jour sans le concours d’Enrique Prado et de la compagnie « Panthéâtre » héritière du « Théâtre du Cri ». Distribuée par Sylvie Undoigt, L’autri-chienne sera de nouveau jouée le 12 et 13 avril au Théâtre de Verre. Pour ceux qui souhaitent passer une bonne soirée, se cultiver ou simplement tenter la surprise, n’oubliez pas de réserver, en souhaitant à ce jeune binôme un avenir aussi palpitant que la pièce qu’ils proposent.

HL Cellier


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Premiers soins, recceuil de David Goudreault

Adr

David Goudreault évoquait déjà l’écriture comme une résilience, lors de son sacre en tant que champion du monde de Slam poésie en 2011. Ce travailleur social engagé, littéraire d’âme, entretient avec les mots une relation commencée dès l’enfance, passant par les nouvelles et le rap, auteur interprète de deux albums, performant ces textes et organisant des événements de toutes formes d’écritures à condition que la parole soit libre, il sillonne la France et le Canada. Après plusieurs publications en revues et ouvrages collectifs, ce québécois présente maintenant un recueil de poèmes entièrement de son cru : Premiers soins.

Sous sa couverture rouge à croix blanche, 55 pièces sont divisées en quatre parties. Nous entrons en milieu médical. La progression est digne d’un roman. Les titres à eux seuls racontent une histoire. Les poèmes vont de 4 à 20 vers, haletants. Au-delà de la maladie, le thème du soin s’ouvre à l’autre, à l’analyse humaine. A la justesse des remarques s’ajoutent une franchise peut commune. La beauté ressemble à un espoir, dérivatif, sitôt que la cruelle véracité des états prend le pas. Le poète se balade, d’étages en métiers, ancré dans les soubresauts du corps, sa douleur, traduisant les statistiques de santé comme un poult singulier. En quête de regards humains, d’histoire du quotidien, par son attention à tout un chacun, il maintient la vie en ce lieu mortel, bien souvent où on ne l’attend pas.

Le souffle passe par l’ensemble des possibles. Souvent les vers sont libres, la reprise des sonorités s’effectue en internes, comme pour mieux souligner le retour de sourdines singulières, à en faire frémir chaque ligne. S’adaptant aux sujets voici les sons revivifiés, presque joyeux. Les rimes courent d’un texte à l’autre. Le tableau est aussi ample que la palette mélodique. Un travail d’orfèvre musical, allitérations et assonances glissent et explorent les gammes, pour un hymne à la vie, en réponse à la dureté du dire. Le rythme des pièces est au service de l’œuvre. Le questionnement du je ouvre sur des multitudes à l’incarnation unique, la voie du poète. Les câbles des communications se superposent aux appareils de santé et c’est la société qui est alors convoquée.

Ce livre apporte diagnostic et remède, un hymne à la rémission contre la violence des drames ; c’est une tendre carte de soin, tendue à tous.

HL Cellier


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Qui m’aime me nuise, Dorothy Parker Swing son Blues

Adr

Sous ses côtés Tatie Danielle, par son humour acide, Dorothy Parker creuse l’émotion. Près d’un siècle après sa jeunesse, elle est la tante caustique dont chacun rêve, découvrez ou redécouvrez sur scène les chroniques hilarantes d’un quotidien sous prohibition.

Le théâtre Nelse, avec sa cave voûté est un parfait bar clandestin. Bouteilles et verres dispersés sur une table, un piano, à mesure que les détails se distinguent, ils distillent l’ambiance. D’abord surgissent les années trente, puis suit Dorothy, cette héroïne du cynisme est déjà sarcastique dans sa petite robe grise, avec la musique vient la foule et autres conversations. La mise en scène réussit cette subtilité, elle ne cache rien au public des pensées de la romancière, alors même que l’espace sociale est vide, le dialogue impossible.

Monte le monologue, en duo avec le piano, Antoine Karacostas traverse le jazz et rythme le langage d’une Mélodie Etxeandia plus pincée que jamais. La comédienne a adapté le récit de la scénariste, journaliste et poétesse américaine. Le texte apporte la dernière touche, pose les barrières de la légalité, pour mieux les transgresser, volontairement provocatrice, cette femme évoque ses ivresses au temps de l’alcool interdit. L’enivrement pousse à l’incongru, elle avoue son affection des animaux, la volonté d’adopter tous ceux rencontrés. La salle précédemment prévenue, déjà attachée, partage le rictus.

C’est un personnage marqué par la dualité, si l’humour est la politesse du désespoir, nous sommes ici face à un hymne. Sous un regard édifiant de critiques, fusent de cruels morceaux de vies, et pourtant ils donnent tant envie de rire. Car, il faut savoir que Dorothy semble avoir fait le tour de ce qu’elle est et veut en rester là : un mélange assumé de rigidité et d’humour, à la fois juge raffiné et personnage aigri. Volontairement à la marge, les anecdotes sont prétextes à caricature, elle met en exergue la camisole des convenances, ridiculise les mœurs sans pourtant y déroger. Avant l’heure elle fait preuve de l’objectivité incarnée, résignée, propre à notre époque ; mais ne désarme pas.

Dorothy Parker se défoule et en parlant d’amour provoque la destruction. Rejeté du jeu de la séduction, elle s’y impose et nous envoute. L’émotion, cette référence à évacuer, une bulle à percer afin de converser, la pique en seul moyen de toucher, Dorothy n’épargne personne, surtout pas elle-même. Entre deux déclarations de haines, elle se dévoile égratignée. L’interprétation est particulièrement soignée : éclat au fond des yeux et la mine renfrognée, cette solitude rentrée venant animée une forteresse de cuir, sous la formule mordante, Mélodie Etxeandia laisse filtrer une sensibilité fine. Un instant, elle fond le masque d’indifférence, dans cette étrange façon de se tourner vers l’autre, pour seulement une épaule, la voilà soudainement prise d’espoir, presque de joie ; le public n’y échappe pas, à la fin d’une danse, le monde rêvé de Dorothy Parker emporte en un claquement de doigt.

Ironie du sort, en sortant du spectacle, le grand public reconnait enfin ce style, cet air de famille dans les traits de Daria, égérie de l’animation éponyme, la plus désabusée des lycéennes. En ce nouveau siècle, sa grand-tante au théâtre fait valoir ses droits, Dorothy ne dessert pas les dents. Ses visions sans concession confèrent à cette jeune femme pourtant belle un quelque chose de Carmen Cru ou un surplus de charme. Cette perpétuelle critique est un cri contemporain, porté par la réflexion acérée, l’auteure perdure clivante, plaisante, palpitante, inique et unique. « Qui m’aime me nuise », ce titre est l’expression lapidaire d’une philosophie à ne pas manquer, car si le mot acerbe existe depuis l’antiquité, cette pièce lui donne ses lettres de noblesse, c’est la marche du cavalier.

HL Cellier


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