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Qui m’aime me nuise, Dorothy Parker Swing son Blues


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Sous ses côtés Tatie Danielle, par son humour acide, Dorothy Parker creuse l’émotion. Près d’un siècle après sa jeunesse, elle est la tante caustique dont chacun rêve, découvrez ou redécouvrez sur scène les chroniques hilarantes d’un quotidien sous prohibition.

Le théâtre Nelse, avec sa cave voûté est un parfait bar clandestin. Bouteilles et verres dispersés sur une table, un piano, à mesure que les détails se distinguent, ils distillent l’ambiance. D’abord surgissent les années trente, puis suit Dorothy, cette héroïne du cynisme est déjà sarcastique dans sa petite robe grise, avec la musique vient la foule et autres conversations. La mise en scène réussit cette subtilité, elle ne cache rien au public des pensées de la romancière, alors même que l’espace sociale est vide, le dialogue impossible.

Monte le monologue, en duo avec le piano, Antoine Karacostas traverse le jazz et rythme le langage d’une Mélodie Etxeandia plus pincée que jamais. La comédienne a adapté le récit de la scénariste, journaliste et poétesse américaine. Le texte apporte la dernière touche, pose les barrières de la légalité, pour mieux les transgresser, volontairement provocatrice, cette femme évoque ses ivresses au temps de l’alcool interdit. L’enivrement pousse à l’incongru, elle avoue son affection des animaux, la volonté d’adopter tous ceux rencontrés. La salle précédemment prévenue, déjà attachée, partage le rictus.

C’est un personnage marqué par la dualité, si l’humour est la politesse du désespoir, nous sommes ici face à un hymne. Sous un regard édifiant de critiques, fusent de cruels morceaux de vies, et pourtant ils donnent tant envie de rire. Car, il faut savoir que Dorothy semble avoir fait le tour de ce qu’elle est et veut en rester là : un mélange assumé de rigidité et d’humour, à la fois juge raffiné et personnage aigri. Volontairement à la marge, les anecdotes sont prétextes à caricature, elle met en exergue la camisole des convenances, ridiculise les mœurs sans pourtant y déroger. Avant l’heure elle fait preuve de l’objectivité incarnée, résignée, propre à notre époque ; mais ne désarme pas.

Dorothy Parker se défoule et en parlant d’amour provoque la destruction. Rejeté du jeu de la séduction, elle s’y impose et nous envoute. L’émotion, cette référence à évacuer, une bulle à percer afin de converser, la pique en seul moyen de toucher, Dorothy n’épargne personne, surtout pas elle-même. Entre deux déclarations de haines, elle se dévoile égratignée. L’interprétation est particulièrement soignée : éclat au fond des yeux et la mine renfrognée, cette solitude rentrée venant animée une forteresse de cuir, sous la formule mordante, Mélodie Etxeandia laisse filtrer une sensibilité fine. Un instant, elle fond le masque d’indifférence, dans cette étrange façon de se tourner vers l’autre, pour seulement une épaule, la voilà soudainement prise d’espoir, presque de joie ; le public n’y échappe pas, à la fin d’une danse, le monde rêvé de Dorothy Parker emporte en un claquement de doigt.

Ironie du sort, en sortant du spectacle, le grand public reconnait enfin ce style, cet air de famille dans les traits de Daria, égérie de l’animation éponyme, la plus désabusée des lycéennes. En ce nouveau siècle, sa grand-tante au théâtre fait valoir ses droits, Dorothy ne dessert pas les dents. Ses visions sans concession confèrent à cette jeune femme pourtant belle un quelque chose de Carmen Cru ou un surplus de charme. Cette perpétuelle critique est un cri contemporain, porté par la réflexion acérée, l’auteure perdure clivante, plaisante, palpitante, inique et unique. « Qui m’aime me nuise », ce titre est l’expression lapidaire d’une philosophie à ne pas manquer, car si le mot acerbe existe depuis l’antiquité, cette pièce lui donne ses lettres de noblesse, c’est la marche du cavalier.

HL Cellier


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