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Piéton, Dresseur de MoTs


Adr

Opérant à l’ère antique, l’aède diffuse récits et nouvelles. Puis, dans le cortège de la Cour, on trouve le troubadour. Vous avez surement entendu vos contemporains, semeurs d’airs littéraires ou d’anecdotes, ils mêlent parfois musiques et notes. Plus à dessein, de nos jours, l’attentat poétique consiste en une parodie discrète ou non, dans un lieu publique, réciter à l’impromptu une création personnelle, ou la comparer à d’autres lors de rencontres... Dans l’écrit, Piéton allie spectacles et ateliers.

HL : Pour ceux qui n’ont pas encore eu la chance de te rencontrer, pourrais-tu te présenter ?

Piéton : Piéton prend son pied lorsqu’il conte les pieds, quiconque compte les pieds doit lui offrir du papier, même s’il n’est pas rentier, son style lui reste entier. Je suis l’homme de passage : Piéton, l’ancien enfant pas sage, y a qu’un problème, j’ai pas grandi, depuis dix-sept ans, j’ai quinze ans, donc je vous laisse deviner le bordel. Ou sinon, j’ai plusieurs cordes à mon arc, je suis poète, enfin poète : dresseur de mot, manchard, emmerdeur, objecteur de conscience, blagueur et père noël à l’occasion.

H. Cette expression, dresseur de mot, quel sens lui donnes-tu ?

P. Dresseur de mot : vendeur de mot ; car il faut quand même manger en même temps. Aussi et surtout, il y a certain poète, enfin poète, certaine personne affiliée à la catégorie de poète qui me dérange et je n’ai pas à être dans la même généalogie qu’eux. Je n’ai pas envie d’être nommé de la même façon qu’un certain dénommé Arthur Rimbaud : vendeur d’armes et vendeur d’esclaves. J’ai du mal à m’apparenter avec cet acabit. Comme on dit souvent : Arthur Rimbaud, même les vendeurs d’armes et les médias rendent beau l’art moche. Aprés, certains me considèrent comme poète, tant pis pour moi. Et aussi, dans le slam [concours de poésie ndlr], on dit toujours poè,te suivant et certains ne sont pas poètes donc pour ne pas m’affilier à des gens qui ne sont pas poètes alors qu’on les appelle comme tel, j’ai préféré prendre une appellation plus réel par rapport à ce qui se passe. En plus, je n’écris pas que de la poésie, j’écris aussi des conneries.

H. Quand et comment as-tu commencé le slam ?

P. En 2008, le mois je ne sais exactement. J’ai commencé à réécrire des poàmes, à vendre des poèmes dans la rue. Le premier juin, je suis arrivé à Lyon. Le trente, on m’a dit : moi j’ai pas de sous à te donner pour ton poàme, mais je peux te donner un conseil. Là-bas, il y a une scène slam. Tu dis un poème, on t’offre un verre. Ni une ni deux, j’y suis allé et puis j’ai découvert qu’il y en avait partout en France ; alors là naquis le Piéton troubadour, voyageur de ville en ville qui va de gare en gare, mais ne s’égare jamais (rire). Elle est nulle celle-là, mais je l’aime bien.

H. La poésie, comment l’as-tu rencontrée ?

P. Avec un papier et un crayon, déjà, c’est assez important. Après, c’est tout simple, j’étais à l’école pendant un court de mathématique ; j’écrivais mes premiers textes de rap.

H. Crois-tu que le rap influence encore tes écrits ?

P. Oui, quoi je fasse, le hip-hop influe puisque je suis tombé dedans quand j’étais petit. Heureusement que le rap influence encore ma faĉon d’écrire, de penser. Même si aujourd’hui je ressemble à un babos, je n’oublie pas l’origine de b-boy et je me sens plus proche d’un b-boy que d’un baba-cool.

H. Quels groupes illustreraient pour toi le mot rap ?

P. Tous les anciens : Assassins, NTM et compagnie. Même si aujourd’hui, NTM a cinquante euros, ça me ferait chier. Après, on a oublié que ce sont les parias qui écoutent du hip-hop ; à chacun sa définition du rap. Mais dans ce qui se fait aujourd’hui, j’aime le Klub Des Loosers : Fuzatie, La Caution, La Rumeur et bien d’autres ; mais soit ceux qui sont réellement dans la mouvance revendicative ou ceux qu'on considère comme les rappeurs alternatifs, parce qu’ils partent dans des amusements ; alors que je les vois bien plus proches du hip-hop que ceux qu’on nous vend aujourd’hui à la radio. Autre chose que : je fais voir ma grosse chaine en or, je me dis descendant d’esclave et je veux porter des chaînes. Je cite un ami, mais il ne m’en voudra pas.

H. L’une des particularités de ta plume est dans l’abondance de jeux de mots, un petit exemple ?

P. Un petit bout qui n’est pas encore placé, c’est dans Doliprane 2, car il y a déjà le 1 et tandis qu’elle allait rendre gorge, entre deux bouche à bouche : elle s’incline ! , tonne-t-il. Au début, il a ri. Puis se faisant de la bile, la relève, et se quittent sur un air d’harmonica. Puis, au bout de six gares, il rejoint sa baraque au Bahamas. Une maison blanche, le top résidentiel que lui a vendu Nicolas. Nicolas est tsar. Causes, il panique. Mais, c’est Sylla et Scarlat qui brunissent à l’ombre. C’est le petit couplet présidentiel. Et par la suite il sera bien plus long, j’espàre.

H. Si l’humour est une de tes caractéristiques, acceptes-tu également de discuter technique ?

P. Un jour un ami m’a dit : tu n’as pas fait d’alexandrin tu n’es pas poète ?. Dans ce cas-là, si il faut faire des alexandrins, j’en écris un en dix minutes, ça y est, je suis poète. Mais la forme ne peut pas supplanter le fond. Le fond avant tout où l’écriture touche le fond.

H. Tu te produis beaucoup, quels sont tes textes du moment ?

P. J’ai un extrait du [personnage] punk à chien qui s’appelle simplement Renaud Futur : « Je fais partie des murs de Paris. Les chauffeurs de métro me saluent, pourtant mes vêtements sont salis. Certains me fuient comme le palud, d’autre s’imagine que je n’ai pas lu, que ma culture ne pèse pas lourd. Je n’en ai pas l’air mais je suis poli, de ma parlotte je tire mes pourliches ! Enfin, je devrais dire mes pourboires. Même si beaucoup partent en fumé, je me réjouis de ma pauvre gloire et de mes réveils embrumés. Je n’ai rien gagné sauf aujourd’hui. J’attends demain mon prochain lot. Je sais, c’est un travail ardu, mais mon goulot, ma peine m’appelle, m’attire, m’attise m’enlace. Mais laissez-moi me délasser, la solitude pour seule comparse. Laissez-moi, mourir à petit feu dans mes abus d’eau de vie. Laissez-moi, faire ma petite vie dans mes abus d’eau de feu. Laissez-moi dans mon élément, gisant à terre les pieds dans l’eau. Une odeur de bédo dans l’air. Sur une galère les voiles en feu. Sur un bateau sans capitaine, car j’ai mis la barre bien trop haute. Sur un catamaran sans rire, sur un CD de rap sans pleur. Oui, j’ai la haine car c’est l’histoire d’une société qui chute d’une évolution de cinquante ans ! Au fur et à mesure de la crise le brave prolo se rép&eagrave;te sans cesse : cinq six pastis, tout va bien ! Cinq six pastis, tout va bien ! Cinq six pastis, tout va bien ! C’est l’abruti sage. »
Et ça continue, il y a un début et une fin, car sans début ni fin, ça sert à rien un texte.

H. Que dirais-tu de profiter du format papier qui t’est plutôt rare pour un acrostiche ?

P. Une petite paras qu’est bien de moi, voilà : Sérial Glandeur (les premières lettres de chaque ligne écrivent Sérial Glandeur). S’il peut rester à ne rien faire. Evidement qu’il le fera. Rageur en sont les hommes d’affaires, il ne signera pas de contrat. Avec un poil dans la main, la vie est bien moins compliqué. Grognant souvent de bon matin, le glandeur est un homme docile. Attention, il n’est pas faignant ! Ne rien faire est une preuve de courage. Dans les actes, il aime le néant et trop de gens le dévisagent. Utiles sont les sérials glandeurs, reconnaissez donc leur grandeur

H. Un mot pour la faim ?

P. Fin

HL Cellier


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