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La Picarilla de Belleville

Fanchette, c’est comme ça qu’on mçappelle. Pas très moderne, comme prénom, mais ça me va. Pour l’heure, j’ai plus un rond en poche. Et mon estomac réclame une boisson chaude, un petit café par exemple. Je rentre aux Folies. Le bistrotier me jette un coup d’œil entendu, nous savons tous les deux que je vais demander un petit noir, partir sans payer, lui ne dit rien, sûr, autant qu’il est possible dans ce monde de la marge, que je reviendrai régler l’ardoise. Une fois le liquide avalé, mes idées se mettent en place. Je remonte la rue de Belleville, bifurque pour faire une pause dans un parc, le temps de me passer un peu d’eau sur la figure, un coup de peigne, m’assurer que mes sapes ne blesseront pas le regard des autres. La discrétion m’assure la tranquillité. Certaines ont besoin de hurler à la face du monde « j’existe », moi, j’aimerais qu’on m’oublie, n’être rien.

Je continue mon chemin et entre dans l’église au métro Jourdain. Non que je sois catholique, ou en manque de spiritualité. J’ai simplement besoin de m’asseoir, à l’abri, prendre des forces, la gamberge ça use et pour ce coup-là, j’ai besoin de toute mon énergie.

Me voilà prête, je rejoins la rue des Pyrénées, poursuit à pied le trajet du bus 26, traverse Ménilmuch’, descends vers la place Gambetta, la contourne sur la droite, et encore à droite devant le kiosque, direction le crematorium du cimetière Père-Lachaise. Un grand enterrement, très fleuri, se termine, salle de la coupole. De petits groupes bavardent à l’extérieur. Dès la fin de la cérémonie, couronnes et bouquets, magnifiques comme il se doit, deviennent inutiles, encombrants même, faute de tombe. Les employés du cimetière les mettent sur des étagères, un peu à l’arrière des bâtiments. Je patiente. La famille est préoccupé par la récupération de l’urne, mais il faut aussi laisser place nette. Alors, quelques amis distribuent un maximum de gerbes à l’entourage. Je me glisse dans le groupe lors de la distributions des bouquets, je ne demande rien, pourtant une femme, pressée d’en finir, me tend deux gros bouquets. Elle a pris soin de retirer les rubans, destinés aux proches. De ce monsieur mort que je ne connais pas, j’hérite ce jour-là de très belles fleurs, aux couleurs magnifiques. Je les admire un moment, je sais qu’il va falloir m’en séparer très vite. Je dois d’abord quitter le lieu sans me faire repérer. Ce petit trafic est un délit. Je reste proche d’un groupe qui repart, sors sans problème, et file rapidement par la rue des Rondeaux, pour m’installer plus loin, un peu cachée, refaire une dizaine de bouquets. Je me dépêche de vendre tout ça à la sortie de quelques bouches de métro, loin de mon Belleville, je ne veux pas qu’on sache comment je me débrouille. Pour cette fois, j’évite les gardiens, les flics et les embrouilles avec les vendeurs à la sauvette. Et l’argent que j’ai en poche me permet de vivre pour aujourd’hui, d’aller payer ma dette au bistrot. Demain sera demain.

Françoise Galland


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